« Du vin à la cantine pour les enfants ? Voici jusqu’à quand (et pourquoi) »

Servir du vin à table pour les enfants, c’est aujourd’hui inimaginable. Pourtant, cela a été une réalité pendant des décennies dans les cantines françaises. Ce petit pan oublié de l’histoire scolaire en dit long sur l’évolution de nos mœurs et de notre rapport à l’alcool.

Oui, du vin à la cantine… pour les plus jeunes

Il faut remonter à plusieurs décennies pour comprendre à quel point le vin faisait partie du quotidien, même pour les enfants. Jusqu’aux années 1950, il était tout à fait courant que les plus jeunes en consomment, y compris dans un cadre scolaire.

Une circulaire ministérielle de 1956, signée par Pierre Mendès-France, a été la première étape d’un changement législatif. Elle interdit de servir du vin aux enfants de moins de 14 ans dans les établissements scolaires.

Cependant, ce n’est qu’en 1981 que l’interdiction s’applique totalement aux lycées. Jusqu’à la fin des années 70, les lycéens pouvaient donc encore déguster un verre de vin au déjeuner à la cantine…

Pourquoi le vin était jugé bénéfique pour les enfants

À l’époque, la consommation de vin ne choquait pas. Plusieurs raisons, aujourd’hui étonnantes, expliquaient cela :

  • Le vin était vu comme un aliment énergétique, au même titre que la viande ou le lait.
  • Il était associé à des vertus supposées : tonus, force, résistance au froid…
  • Il contenait des antioxydants naturels, ce qui était mis en avant sans mesurer les risques liés à l’alcool.
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Dans une France encore très agricole et traditionnelle, cette boisson était valorisée. Les régions viticoles en profitaient pour former de futurs consommateurs dès le plus jeune âge, renforçant une culture du vin déjà bien ancrée.

Culture patriarcale et rituels d’initiation

Le sociologue Patrice Duchemin souligne un aspect plus symbolique : le vin était chargé d’un imaginaire masculin très fort. Boire du vin, c’était pour le jeune garçon une manière de « devenir un homme ».

Cette image virile de l’alcool est nourrie par une culture patriarcale où les filles sont moins impliquées dans ces pratiques. Le passage à l’âge adulte se faisait aussi par le verre de vin servi à table, parfois même sous le regard complice des parents ou des enseignants.

Une prise de conscience tardive

Il a fallu attendre bien plus de temps pour que l’on mesure réellement les effets nocifs de l’alcool chez les mineurs. La vente d’alcool aux moins de 18 ans n’a été interdite qu’en 2009.

Aujourd’hui, avec toutes les campagnes sur les dangers de l’alcool, cette période paraît irréelle. Comment imaginer qu’un pichet de vin trônait sur une table d’école aux côtés du pain et du fromage ?

Une école qui suit l’évolution des habitudes alimentaires

Les cantines actuelles sont soumises à des normes très strictes : hygiène, équilibre alimentaire, qualité des produits. L’alcool y est logiquement proscrit pour protéger la santé des jeunes.

On choisit désormais d’assurer une alimentation diversifiée, réduite en sucre, en sel et en matières grasses. Et surtout, sans aucune trace de boisson alcoolisée. Le contraste est saisissant avec les pratiques d’il y a quelques décennies seulement.

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Une histoire qui en dit long sur notre rapport à l’alcool

Ce passé rappelle à quel point les normes sociales évoluent. Ce qui paraît aujourd’hui choquant était autrefois considéré comme naturel. Cela pose aussi une question plus vaste : quelles pratiques d’aujourd’hui trouvera-t-on aberrantes dans quelques décennies ?

Si, aujourd’hui, l’idée de servir du vin à la cantine fait sourire ou grincer des dents, elle montre aussi le chemin parcouru dans la protection de l’enfance et la prise en compte des enjeux de santé publique.

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Julien L.
Julien L.

Julien L. est chef cuisinier et auteur culinaire. Avec des années d’expérience dans des restaurants étoilés, il partage ses astuces et techniques pour élever la cuisine à un niveau supérieur.